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Réhabilitation!

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Imaginer une Haïti sans crise politique, institutionnelle, économique devient un exercice compliqué pour les générations actuelles. Encore moins sans crise électorale. Depuis trois décennies, la schizophrénie politique, malgré la rupture avec une dictature sanguinaire, ne laisse éclore aucune idée progressiste capable de freiner la déconstruction outrancière de l’Haïtien. Pire, elle entretient une certaine peur du changement. Une peur utile aux renégats qui exploitent au maximum la passivité, et cette bonhomie excessive de la population qui danse et piaffe avec désinvolture sur sa propre misère, son propre mal.

Élection. Crise. Ce couple infernal rythme le fonctionnement de la République et entrave le renouveau de la nation. Certaines gens s’enrichissent. Ils vivent de ces crises récurrentes. D’autres, mal situés dans la chaine sociale, croupissent dans la misère la plus abjecte. Sans possibilité réelle de s’en sortir et d’offrir au pays, un moment de répit, et à la démocratie profanée, un regain de vitalité. Le pouvoir du vote est en perpétuelle reconquête dans un pays où exister devient un véritable défi.

Chaque élection annonce de nouvelles crises. Haïti cingle vers le chaos, précipitée par les avaricieux et cette mégalomanie maladive de certaines élites rétrogrades. La corruption devient une manière d’être, et les échéances électorales, un rendez-vous d’affaires entre malin et marron. Les joutes de 2015 ont dévoilé l’impudeur et le cynisme qui animent les politiques face au pourrissement accéléré d’une société qui reste dans l’expectative d’une trêve utopique.

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Dans ce contexte, la marchandisation du vote atteint des sommets inégalés. Image parlante de notre perdition. Les élections accentuent indéniablement la discorde entre les couches sociales et nous éloignent encore plus d’un état de droit véritable. Qu’importe, on avance! Le CEP est en lambeau. Des conseillers le fuient comme la peste. D’autres s’y accrochent malgré eux. L’espoir agonise et risque de s’en aller définitivement, au grand dam des “élus” qui pensent se blanchir en contestant le système qui leur a élevé au rang de dignitaires de l’État. Une prise de conscience tardive. Incapable toutefois d’arrêter cette quête infernale de pouvoir, encore moins de satisfaire les aspirations légitimes des citoyens à vivre en Démocratie.

La corruption chronique qui s’est métastasée dans les structures de nos différents Conseils électoraux provisoires ne permet plus aujourd’hui d’avancer. Le passage en force ne peut donc que consacrer la défaite de la raison face à une déraison envahissante et omniprésente. Une déraison soutenue par un international sensible à rentabiliser ses pseudos investissements à une democratie qui stagne et consacre la défaite des élites et le désengagement des citoyens.

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Le jeu des dialogues stériles aux vertus mercantiles entre certains protagonistes et le pouvoir sous l’égide de certaines entités sociales, dont la moralité est fortement remise en cause, à marqué cette ère dite de liberté et de parole libérée. Ce cafouillage est symptomatique du dérèglement de la mécanique sociale. Le citoyen électeur est oublié. Le précipice n’est donc pas loin. Un danger dont les adeptes de la pensée unique qui s’érigent “en police de l’opinion” ont du mal à cacher. Le voile est levé, et le « politiquement correct » n’influence plus le discours des révoltés.

L’environnement de l’Haïtien se trouve irréversiblement contaminé dans toutes ses couches. La frustration est à son comble. Une sortie de crise sans heurts est hypothétique sans une volonté commune des acteurs de placer les intérêts de la Nation au-dessus des intérêts personnels, de castes et de groupes. Les opportunités qui s’offriront aux protagonistes sont trop minces pour pouvoir imaginer une relance du pays. L’avenir est incertain. C’est notre seule certitude dans ce difficile apprentissage démocratique qui, au final, n’est qu’une plongée incontrôlée vers les abysses de la misère et du sous développement.

Lionel Édouard

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