Accueil Éditorial Quand le renversement de Jovenel Moïse rime avec le renversement d’Haïti

Quand le renversement de Jovenel Moïse rime avec le renversement d’Haïti

Quand le renversement de Jovenel Moïse rime avec le renversement d’Haïti 1

La volonté de se défaire du président Jovenel Moïse ne date pas d’hier, elle précède l’investiture même de celui-ci. Rappelez-vous, au lendemain de la victoire du protégé de Martelly, André Michel s’était fendu de déclarations incendiaires, allant jusqu’à menacer de réduire la République en cendre, si Monsieur Moïse parvenait à la présidence d’Haïti, Aujourd’hui, nous devons comprendre toute la trame de la malveillance politique, ce à quoi elle a servi et ce à quoi nous sommes tenus de nous attendre.

Il est clair que les premières manifestations anti-Jovenel, s’étant tenues à l’automne de 2017 – sur fond d’augmentation des taxes – n’étaient que prétexte, parce qu’il fallait un déclic pour tester le terrain et ainsi sonder la pulsion populaire. Il fallait commencer par quelque chose, il fallait secouer l’arbre pour compter, un par un, tous les fruits qui vont tomber. L’opposition politique y allait de main molle pour cacher ses vraies intentions et jouer le jeu derrière les rideaux, en attendant son entrée en scène.

Les manifestations violentes de Juillet 2018, suite aux levées de bouclier des petrochallengers pour obtenir la reddition des comptes, n’étaient pas innocentes. Elles participaient donc d’une démarche de mettre à exécution un plan ourdi par des brasseurs politiques ayant juré de faire échec à l’élu de janvier 2017. C’était l’espace rêvé pour entrer dans la danse, y mettre des leurs et renvoyer aux calendes grecques la bataille admirable des petrochallengers. Pétris de la malveillance politique, les membres de l’opposition, connus pour leur impatience légendaire, s’en sont remis au pays-lock pour punir Jovenel Moïse et pour le contraindre à la démission.

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Qui a puni qui et qui est vraiment renversé?

Les semaines de pays-lock, loin de pousser le Président de la République à la démission, l’ont plutôt conforté dans sa lutte contre le monopole absolu, la surfacturation, la contrebande, le banditisme et la malveillance politique. Mais il n’en demeure pas moins que les vraies victimes restent et demeurent la population qui s’est appauvrie, endettée et condamnée à la mendicité pure et simple. Pour répéter Michel Soukar, l’opposition n’a pas réussi à renverser Jovenel Moïse, cependant, elle a réussi à renverser Haïti et le constat est sévère:

  • hausse des prix des produits de première nécessité;
  • dangerosité de nos quartiers;
  • proliférations des gangs armés;
  • flambée de violence;
  • remontée du kidnapping;
  • réactivation de la peur;
  • possibilité de famine;
  • disparition de l’industrie du tourisme;
  • recrudescence des cas de viols;
  • fuite de l’embauche;
  • compression du personnel dans les entreprises;
  • décapitalisation des citoyens;
  • implosion des familles.

Autrement dit, les flambées de violences gratuites qui ont forcé la population à se terrer chez elles, à la faveur du pays-lock, n’ont pas su renverser le Président Jovenel Moïse. Au contraire, elles ont plutôt servi à démolir le socle sociétal, les forces de cohésion sociale, l’entraide et une économie déjà moribonde.

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Nous n’avions jamais aussi peur de l’un de l’autre, des forces ténébreuses, du présent et surtout de l’avenir. Notre rétropédalage est si dangereux que, sans le savoir, nous flirtons tous les jours avec la mort et ses corollaires. Sans pitié et sans état d’âme.

Nos enfants ne jouent plus, ils le font depuis un bail dans leurs salons et chambres à coucher. Les vieillards meurent plus vite, ils ne se promènent plus et sont forcés d’être inactifs.

Les jeunes, eux, côtoient le danger partout et doivent choisir entre l’embrigadement et la mort.

Les adultes perdent leurs boulots et salivent, plus que jamais, pour un visa qui permettrait à leurs progénitures de sortir d’Haïti et de pouvoir rêver d’un avenir meilleur.

Nos quartiers vivent sous la coupe réglée des bandits armés et nos villes, des vastes territoires tenus par des seigneurs de guerre. La vie n’est plus la même, car le pays-lock aura laissé des traces qui ne s’effaceront pas avec le temps. Parce que les violences suintant des mouvements de pays-lock sont comme l’escargot qui laisse ses traces où qu’il passe. Admettez, messieurs et dames de l’opposition, vous avez seulement renversé Haïti plutôt que le président de la République.

KéDar, janvier 2020

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