Accueil Éditorial Le carnaval haïtien dans le dualisme pour ou contre

Le carnaval haïtien dans le dualisme pour ou contre

“Au carnaval tout le monde est jeune, même les vieillards. Au carnaval tout le monde est beau, même les laids”. Cette citation de Nicolaï Evreïnov donne tout son sens aux  festivités carnavalesques que l’on aime à danser tous les ans et qui ne doivent pas être contrariées par les contingences du moment, en sorte que le carnaval se veut un déversoir de stress et de frustrations. Il fait tomber tous les masques du conformisme pour faire ressortir trois jours durant le vrai “ moi”, le moi cru et authentique qui ne pense plus au complexe, qui rejette, tout go, les préjugés de toutes sortes et qui fond  dans les transes du commun des fêtards.

Aussi, la question de pour ou contre le carnaval ne devra-t-elle jamais se poser, parce qu’il y aura toujours des mécontents et réfractaires ourdis par la  politique de chez nous qui prendront toujours la tangente pour se faire une raison. La politique peint les choses à sa façon et nous les montre aux fins de déstabilisation. C’est comme la rentrée des classes qui sera toujours contestée, parce que c’est comme ça ou, parce que les parents ne seront jamais tous logés à la même enseigne, les inégalités sociales obligent. Il y aura toujours de ces détails qui vont poindre et qui vont être utilisés par les activistes politiques pour faire échec à la rentrée des classes. Mais au final, il y aura toujours une rentrée des classes – que ce soit en Septembre ou en Octobre.

Aujourd’hui, le carnaval haïtien est  saboté, tout comme l’ont été nos fêtes nationales  pour les délices de la politique. Consentir à le dézinguer pour un oui ou pour un non est anarchique –  car, la majorité d’entre nous le réclame et l’acclame pour se refaire une santé mentale, malgré l’insécurité dans nos rues, malgré la menace des politiciens avides de violence et malgré les avertissements des directeurs d’opinion. Le carnaval doit être incontournable, non négociable et aseptisé de toute velléité d’être l’otage de quelqu’un ou d’un groupe. C’est l‘exutoire par excellence de nos déboires et spleen quotidiens, aussi devons-’nous travailler à sa réorganisation et à sa rentabilité plutôt qu’à sa désacralisation. Nous devons cesser de travailler à sa dualisation, car l’antagoniser de la sorte est d’une telle méchanceté que, sans le savoir, nous détruisons petit à petit  notre culture, nos coutumes et le vivre ensemble. Nous ne sommes plus nous-mêmes aujourd’hui, mais plutôt ce que les autres veulent que l’on soit.        

“Je rêvais, dirait Sylvain Tesson, d’une presse quotidienne dévolue aux bêtes. Au lieu de : « Attaque meurtrière pendant le carnaval », on lirait dans les journaux : « Des chèvres bleues gagnent les Kunlun ». On y perdrait en angoisse, on y gagnerait en poésie”.

KéDar, Février 2020

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