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L’avènement du banditisme en Haïti : casse-tête de la PNH et souffre-douleur d’une population prise en otage

L'avènement du banditisme en Haïti : casse-tête de la PNH et souffre-douleur d’une population prise en otage 1

L’avènement des gangs armés n’a pas même trente ans et je ne mentirai pas si je vous dis que leur éruption coïncidait avec notre pseudo démocratie en 1990.
Peu avant cette date, un général de l’armée a invité ses soldats à se servir de leurs armes, plutôt que de leurs têtes, pour se remplir les poches, et ça a accouché des zenglendos qui ont fait leur temps et qui nous ont pourri l’existence.

Au lendemain de 1990, les premiers balbutiements du gangstérisme se faisaient retentir et depuis, le tam tam du grand banditisme armé commençait à résonner dans les bidonvilles comme un chant de ralliement qui poussait une meute de jeunes à s’embrigader (à travers des brigades de vigilance) pour défendre une certaine cause de laquelle dépendrait, à tort, leur survie à tous. Et à partir de là, ont pris naissance nos déboires, notre stress quotidien et les équations difficiles à résoudre.

Qui ne se souvient pas de l’armée rouge en 1995 dont les relents vindicatifs nous ont ravi la policière Christine Jeune? Il n’y a pas eu que l’armée rouge. En fait, il y a eu, dans les quartiers populaires, toute une structure de paramilitaires qui devaient aider à combattre toute personne ou tout groupe s’avisant de se jouer des fruits du verdict des urnes et de son cortège de promesses. Bref, ce fut une structure qui devait éviter tout coup d’état contre les dirigeants politiques d’alors. Cela ne nous amène-t-il pas à déduire que quand l’individualisme est plus fort que les intérêts de la communauté, on ne peut s’empêcher de sombrer dans l’anarchie et ses corollaires.

Le banditisme est donc le fils légitime des barons de la mouvance lavalassienne qui y voyaient seulement la pérennisation de leur règne sans penser aux effets pervers de leurs visions réductrices, riches en frustration et haine sociale larvée.

A l’aube de la montée du banditisme armé en Haïti, l’ex commissaire de police de Delmas – Guy Philippe – a édenté, pour notre bien à tous l’armée rouge et le commissaire de Port-au-Prince Coles Rameau s’est débattu comme un beau diable pour arriver à freiner la poussée de gangsters à Carrefour-feuilles, mais le pouvoir politique et les organismes de défense de droits humains ont crié gare et l’ont combattu de toutes leurs forces, comme s’il ne fallait pas arrêter l’éruption du grand banditisme armé, c’était trop tôt, c’était trop beau, parce-que cette structure devait faire ses preuves, pas question de la stopper dans son élan.

Plus tard, dans un procès bidon, ces policiers étaient condamnés sans appel. Eux, ils croyaient avoir bien fait, en se risquant à éliminer cette cellule de bandits, mais n’avaient pas pensé qu’ils seraient largués par leurs supérieurs hiérarchiques qui devaient faire plaisir aux tout-puissants d’alors et trop enclins à l’avarice politique.

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Aujourd’hui, la Capitale est infestée de groupes armés profitant des tumultes politiques pour prendre plus de terrains qu’ils n’en avaient. Depuis le 6, 7 juillet 2018, ces tumultes leur donnent une belle occasion pour se renforcer et sortir, manu militari dans les rues, exhibant leur arsenal que leur avaient donné nos officiels payés de nos deniers. Pire, accompagnés de nos officiels et de la population, ils paradaient fièrement dans les rues de Port-au-Prince.

Il n’en demeure pas moins que les élections, constituent malheureusement des sources d’insécurité, car chaque candidat, se battant pour le pouvoir politique, s’amuse à armer des individus pour le sale boulot et après les joutes électorales, qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, ils ne les désarment pas. Ces individus armés ne tardent pas pour s’aligner et pour devenir de vrais sorciers qui volent, kidnappent, et qui tuent pour subvenir à leurs besoins et pour étancher leur mégalomanie. Pire encore, une ceinture explosive menace de nous sombrer dans une sorte d’intifada redoutable: du nord au sud et de l’est à l’ouest, nous sommes cernés et leurs percées dans le coeur de la capitale nous glaceront le sang..

Après s’être battus pour les marchés publics qui leur rapportent peu, aujourd’hui, ils veulent être les seuls “ kòk chante” et donc les principaux interfaces de l’État haïtien, surtout quand ce dernier veut négocier quelque chose, c’est peut être la paix, ou tout ce qui se rapporte aux élections ou encore une démarche visant à atteindre les populations les plus vulnérables. Tout doit passer par eux, tout doit être pour eux.

Aujourd’hui, la plaine du Cul de sac est sens dessus dessous et Canaan que l’état haïtien leur a livré sur un plateau d’argent, leur a offert des cachettes dignes des camps de retranchements et ne parlons pas de la Croix-des-Bouquets qui croupit déjà sous la coupe réglée des 300 mawozo.

S’il est vrai qu’on n’entend plus parler de l’armée rouge, de l’armée dòmi nan bwa, de l’armée scie à métaux ou de l’armée timanchèt, c’est qu’ils changent seulement de maîtres, de nom et d’espaces. Ils ont fait école et contaminent aujourd’hui des zones jadis réputées pour leur tranquillité et ça ne va que croissant, malheureusement.

À chaque éruption de violences se créent de nouvelles zones de tensions et un nouveau caïd, sorti de nulle part pour nous compliquer l’existence, pour nous faire vivre dans la peur, pour nous endeuiller davantage et pour allumer la flamme de l’insécurité qui, aujourd’hui, brille de tous ses feux.

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Le banditisme rapporte gros aujourd’hui et c’est devenu un business comme on en voit partout ailleurs. Le chef de gang investi de ce pouvoir criminel a le droit de vie ou de mort sur ses sujets. Les rentrées d’argent proviennent du vol, du commerce juteux de la drogue, du kidnapping et des négociations avec le gouvernement. La paix publique, la construction des routes, les œuvres sociales et tout investissement dans ces milieux, en passant par l’organisation des élections, s’achètent argent comptant et impossible d’en passer outre, car les conséquences seront désastreuses pour le gouvernement qui doit pactiser avec le diable pour pouvoir atterrir dans ces milieux criminogènes.

Arnel, Tije, Bougòy et tous les autres sont les produits d’une politique de mauvais aloi, conduite par une frange de la bourgeoisie mercantile et des politiciens véreux, anarchistes et nombrilistes, férus du pouvoir politique souhaitant le garder ad vitam eternam.

Ces nouveaux caïds remplacent au pied levé général Titi, Bradok, une balle à la tête, Evens Tikouto, Dread Wilmé, Amaral pour ne citer que ceux-là. Ils sont les nouveaux maîtres des lieux, les nouveaux maîtres de nos vies et les nouveaux seigneurs où tout doit passer par eux.

Aujourd’hui, nous sommes plus vulnérables que jamais, car notre tranquillité d’esprit dépend en grande partie de leur humeur. Leurs moindres éternuements nous donnent des sueurs froides et peuvent nous déranger irrémédiablement.

Nous ne pouvons que dire merci aux politiciens et bourgeois qui les ont engendrés, aux organismes de défense des droits de l’homme qui les ont protégés et à une certaine presse qui fait d’eux des héros et donc des modèles pour les jeunes habitant les quartiers populaires. Peut-être si rien n’y fait et si la population ne collabore pas, nous ne vivrons plus jamais de la même manière et nos enfants peuvent se contenter de vivre dans la peur et sans espoir d’atteindre leur majorité.

L’insécurité nous imposera des limites que nous serons forcés de respecter et nos enfants ne pourront voir l’âge mûr, s’ils ne se conforment aux diktats des bandits armés couvés et maternés par la politique. Ils seront tenus de rester à la maison et de ne pas quitter la frontière qui les sépare du dehors dangereux, tumultueux et tellement criminogène.

Al Jan Gil, Août 2019
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