Accueil Éditorial La PNH face à l’usage de la force nécessaire contre le banditisme...

La PNH face à l’usage de la force nécessaire contre le banditisme armé

La PNH face à l’usage de la force nécessaire contre le banditisme armé 1

“La police est l’une des institutions dépositaires du monopole de la violence physique légitime. Cette définition de la police, inspirée de celle de l’Etat livrée au début du XXe siècle par Max Weber, réunit depuis les années 1950 l’immense majorité des sociologues de la police, principalement sous l’influence de l’ethnométhodologue Egon Bittner. Elle a été fortement contestée par le Canadien Jean-Paul Brodeur et donné matière à de nombreux débats académiques dans les sciences sociales francophones, que nous ne pourrons restituer ici.

L’un des points centraux de cette définition est la notion de légitimité, de force légitime. En effet, si la consubstantialité de la police et de la force ne soulève pas d’opposition, l’usage concret de la force soulève quant à lui bien des contestations. Car la force policière se définit (à l’inverse de la force militaire) en ce qu’elle doit être non seulement prévue par le droit, mais aussi acceptée par la population. Le droit assoit généralement la légitimité de la force sur deux paramètres : la nature de la situation (légitime défense de soi ou d’autrui, ou exécution d’un ordre légal) et la proportionnalité de la réaction policière. La force qu’emploie la police (là encore à la différence de la force militaire) est pensée comme une force défensive : c’est contre une menace ou une violence particulières que l’on autorise son recours.

Redéfinition de l’usage de la force face aux bandits armés

En 1995, la Police Nationale d’Haïti était dotée d’armes légères: de revolver 38, de fusils 12 et de quelques M1 appartenant aux forces armées d’Haïti. Elle était efficiente et efficace, puisque la résistance n’était pas de taille. Mais depuis 1998, elle fait face à une nouvelle forme de résistance, celle que lui offrent les bandes armées que la politique a couvertes. Elles portaient des noms comme lame timanchèt, lame wouj, lame dòmi nan bwa, lame balewouze, lame tibwa pour ne citer que ces bandes-là. Elles étaient armées de fusils d’assaut et d’autres armes à feu, jadis appartenues aux forces armées d’Haïti démobilisées en 1994. De nouveaux problèmes qui demandaient des ajustements au sein de notre seule force publique, car la PNH venait à expérimenter une nouvelle forme de résistance que la police administrative et la CIMO apparue en 1996 ne pouvaient mater efficacement. A noter que la CIMO a reçu une formation particulière dans le domaine du contrôle des foules et a été constituée à partir d’éléments de la Police nationale haïtienne (PNH).

Les groupes armés de Cité Soleil se livraient déjà bataille, selon leur appréciation du thermomètre politique et les miettes reçues du régime politique d’alors. Cette situation commandait de nouveaux ajustements au sein de la PNH, lesquels ont accouché de la SWAT TEAM, BRI, BLTS et de toutes les autres unités qui se sont succédé à mesure que les besoins se faisaient sentir. Il faut dire que ces ajustements ont tenu bon, jusque dans les années 2000 avec la montée en puissance des chimè qui ont longtemps damé le pion aux forces de l’ordre. La présence dissuasive des chars de l’ONU, par l’entremise de la MINUSTAH, était du pain béni pour les unités de la police nationale d’Haïti qui ont su grandement en profiter pour déloger les bandits armés ayant pris leur pied en 2004, à la faveur de l’opération Bagdad. Les chars de la MINUSTAH étaient l’arbre qui cachaient la forêt et aujourd’hui prise au dépourvu par l’arsenal des bandits armés, la PNH se doit de réagir efficacement et là, la proportionnalité de la force d »intervention pose problème. Eu égard à cette nouvelle donne qui voit la société hatienne pâtir de l’éruption sauvage du banditisme, que doit faire l’institution policière? Que doit faire l »Etat haitien pour reprendre exclusivement le monopole de la violence?

“L’utilisation de la force fait partie d’une série de techniques qui présentent des lignes directrices concernant le degré de force approprié pour une situation donnée. Il y a cinq étapes générales, passant de la force la plus modérée à la plus grande. Chaque niveau présente souvent une escalade d’une série d’actions qu’un policier doit entreprendre pour résoudre une situation; cela commence avec la présence de l’agent, et se termine avec l’utilisation de la force la plus grande”. Aujourd’hui, avec l’arsenal dont disposent les bandits armés, l’utilisation de la force nécessaire doit être revue et corrigée.

Armé d’un couteau, l’individu est dangereux, et s’il n’obtempère pas aux injonctions du policier lui faisant face, la force nécessaire sera utilisée pour le neutraliser et ainsi éviter qu’il ne blesse d’autres personnes. Armé d’un pistolet, il est beaucoup plus dangereux que s’il n’était armé d’un couteau. La force nécessaire ne doit pas être égale à la force de l’agresseur. Car, si égalité, il y en a, il peut toujours vaincre l’obstacle policier et continuer de faire des victimes au sein de la population.civile. Cependant, en face des bandits aguerris et armés de galil, d’AK-47, de M16 et de M4, les policiers doivent se présenter avec des blindés équipés, de façon à avoir le dessus et à réduire substantiellement le nombre de victimes en leur sein. La police doit toujours être d’un cran au-dessus de la force subversive. Elle représente l’Etat dans son ensemble, c’est à travers elle que se cristallise l’autorité de l’Etat et c’est pourquoi sa force doit décupler celle des bandes armées.

Les choses changent à une vitesse vertigineuse et la résistance aussi, Les bandits ne sont plus ce qu’ils étaient d’il y a 25 ans. Ils ne s’enfuient plus, ils n’ont plus peur des forces de l’ordre – car bien armés – ils sont capables de repousser les assauts de toutes les unités de la PNH réunies. La faute à la malveillance politique qui les a armés et maternés. Aujourd’hui, l’institution policière devra repenser ses interventions, si elle ne veut pas envoyer nos courageux policiers ad patres, parce que deux solénoïdes de mêmes pôles ne peuvent que se repousser – car, la force, comme a dit Blaise Pascal, est la reine du monde et non pas l’opinion, mais l’opinion est celle qui use la force.

KéDar, janvier 2020

Partager

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.