Accueil International Kirghizstan: la spectaculaire arrestation de l’ancien chef de l’État

Kirghizstan: la spectaculaire arrestation de l’ancien chef de l’État

Kirghizstan: la spectaculaire arrestation de l’ancien chef de l’État 1

Depuis l’élection de l’actuel président Sooronbaï Jeenbekov, les tensions sont rapidement apparues entre le chef de l’État et son prédécesseur, Almazbek Atambaïev, accusé de corruption et d’avoir fait libérer un membre d’un clan mafieux.

Après avoir résisté pendant deux jours aux assauts des forces spéciales, l’ancien président du Kirghizistan a finalement été arrêté ce jeudi, ont annoncé les autorités du Kirghizstan. Accusé de corruption, Almazbek Atambaïev «sera livré aux autorités compétentes afin de poursuivre les enquêtes en cours», a précisé un communiqué du ministère de l’Intérieur. Selon l’agence d’information locale 24.Kg, Almazbek Atambaïev s’est rendu de son propre chef avant d’être emmené.

Un premier raid mercredi soir avait donné lieu à des violences entre un commando des forces spéciales et des centaines de partisans de l’ancien président venus le défendre. Ils étaient parvenus à désarmer et battre les policiers pour ensuite les prendre en otage. Au terme de cet assaut, un membre du commando est décédé et un chef de police grièvement blessé. Selon le procureur général, 23 civils et 24 membres des forces de sécurité ont été hospitalisés. Le ministère de la Santé a précisé jeudi que certains des civils présentaient des blessures par balle.

Humiliées après cet échec, les forces de sécurité sont revenues en nombre jeudi après-midi à la résidence de l’ancien chef de l’État dans le village de Koï-Tach, près de la capitale Bichkek, accueillies une nouvelle fois par des centaines de partisans d’Atambaïev. «Ils sont prêts à défendre l’ancien président jusqu’au bout», affirmait une députée proche de l’ancien chef de l’État. Selon un journaliste de l’AFP, certains ont lancé des pierres sur un véhicule de la police qui a fait usage de grenades assourdissantes. Le ministère de l’Intérieur a indiqué avoir dispersé «des partisans du président Atambaïev ayant agressé des civils et des journalistes».

LIRE AUSSI>>  Le président Trump acquitté sur toute la ligne
Kirghizstan: la spectaculaire arrestation de l’ancien chef de l’État 2

Almazbek Atambaïev, président de 2011 à 2017 et âgé de 62 ans, est soupçonné d’«acquisition illégale de terres» et d’avoir fait libérer un membre d’un clan mafieux. En juin dernier, cet ancien homme d’affaires avait été inculpé pour corruption et son immunité parlementaire avait été levée. Des accusations qu’il dénonce comme une manoeuvre politique du nouveau président, son rival Sooronbaï Jeenbekov. Un chef d’État qu’il a lui même aidé à accéder au pouvoir deux ans auparavant en réussissant au prix de manoeuvres politiques à imposer la candidature de celui qui était alors son poulain. D’autant que les deux hommes étaient arrivés en même temps dans la sphère politique en 2010, après un soulèvement populaire qui avait renversé l’ancien président Kourmanbek Bakiev. Mais leurs relations se sont rapidement dégradées malgré une passation de pouvoir pacifique. Almazbek Atambaïev a critiqué plusieurs nominations effectuées par Sooronbaï Jeenbekov quand ce dernier a démis de leurs fonctions plusieurs hauts fonctionnaires qui lui étaient proches.

La Constitution «bafouée»

Il a «bafoué de manière grossière» la Constitution en s’opposant aux forces de l’ordre, a asséné Sooronbaï Jeenbekov lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité national, jeudi, après avoir écourté ses vacances pour rentrer à Bichkek. Il a appelé les membres du Conseil, parmi lesquels le ministre de l’Intérieur, le procureur général et le chef des services spéciaux, à prendre des «mesures immédiates» pour maintenir la loi, la paix et la sécurité dans le pays. Le peuple kirghiz «ne vivra jamais à genoux, ne sera jamais un troupeau de moutons, ne sera jamais l’esclave du clan dirigeant», a rétorqué Almazbek Atambaïev dans une déclaration diffusée sur la chaîne de télévision dont il est propriétaire.

LIRE AUSSI>>  Les États-Unis à la tête du Conseil de sécurité de l'ONU

La crainte d’un conflit civil

Car le conflit personnel entre l’ancien et l’actuel chef d’État fait désormais craindre de graves troubles dans cette ex-République soviétique d’Asie centrale en proie à de fréquentes tensions ethniques. En juin dernier, Vladimir Poutine avait témoigné son inquiétude après la visite d’Almazbek Atambaïev en Russie. «Malheureusement, le conflit a atteint ces derniers jours un seuil de danger», a averti jeudi le chef du Service de renseignement extérieur russe (SVR), Sergueï Narychkine, cité par l’agence publique Ria Novosti. L’analyste politique et blogueur vidéo Azim Azimov a quant à lui déclaré craindre «un conflit civil (…), si les deux parties décident d’aller jusqu’au bout». «C’est l’issue potentielle la plus effrayante», a-t-il prévenu. Arrivé jeudi à Bichkek pour une réunion de l’Union économique eurasiatique, dont font partie la Russie et le Kirghizstan, le premier ministre russe Dmitri Medvedev a qualifié ces événements d’affaire «interne» au pays, et espéré qu’ils ne conduiraient pas à une «instabilité politique et économique». «À mon avis, le Kirghizstan a déjà épuisé son quota de révolutions pour le XXIe siècle», a affirmé Medvedev.

Source: Le Figaro

Partager