Accueil Éditorial Kidnapping entre discours violents et silence complice

Kidnapping entre discours violents et silence complice

Kidnapping entre discours violents et silence complice 1

Les témoignages des personnes kidnappées sont des récits d’une tristesse inouïe qui doivent indigner, revulser et interpeller la conscience collective. Aussi est-il impératif de faire quelque chose pour mettre de l’eau au moulin de tous ceux-là qui s’y adonnent avec un mâle plaisir. Le kidnapping est donc réactivé sous la houlette de nos politiciens mécontents du statu quo politique et nous dansons aujourd’hui la valse qu’ils nous imposent, comme c’était le cas en 2004 par l’entremise de l’opération Bagdad qui a ruiné et endeuillé des familles entières.

Les kidnappeurs d’aujourd’hui ont de nouveaux visages et fini le temps où le kidnapping était la chasse gardée des jeunes de Cité Soleil, de Bel-Air ou de Simon. A la faveur du pays-lock qui a vu des leaders malveillants de l’opposition politique inviter des adolescents à dresser et protéger des barricades manu militari, les cas d’enlèvements se sont multipliés à un rythme vertigineux, par le simple fait que ces jeunes – habitués à faire de l’argent facile – n’ont pas chômé. Ils se font aujourd’hui kidnappeurs pour continuer à se la couler douce comme le leur ont appris André Michel, Arnel Bélizaire, Youri Latortue, Nènèl Cassy ou Evalière Beauplan.

“Zonbi goute sèl, li pa mande rete” (Et fantôme qui n’en démord pas, car pris goût au sel)

C’est ce qui arrive à ces jeunes kidnappeurs qui sont d’horizons divers. Ils sont partout aujourd’hui et c’est pourquoi est-il difficile de les combattre, à moins que la population trop souvent complice de leurs exactions, se mêle de la bataille pour leur appliquer la zéro tolérance. Tapis dans dans les bidonvilles, ils sont connus de tous et leurs premiers pas dans les activités criminelles n’ont pas été un secret. Ils ont tous grandi sous vos regards protecteurs et parce qu’ils sont de la zone, qu’on les laisse se débrouiller tranquillement – “degaje pa peche”, dites-vous d’un ton complice.

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Sachez que vous avez couvé des monstres qui vous pourchassent aujourd’hui et qui vous font payer votre nonchalance, votre naïveté et votre irresponsabilité manifestes. Vous avez aussi soutenu des malveillants de la classe politique qui vous faisaient croire que les barricades étaient votre avenir et sans aucune gêne, vous le répétiez à bouche que veux-tu. Vous saviez tous ce qui se tramait derrière, mais vous l’avez gobé quand même comme des imbéciles, préférant faire la politique de l’autruche à autre chose. Maintenant, vous payez cash cet infantilisme de mauvais aloi et la mort vient à vous poursuivre même dans vos rêves. Personne n’est tranquille, pas même vos enfants et le stress vous accompagne à chacune de vos sorties. Apprendra-t-on un jour? Apprendra-t-on jamais?

Le discours empreint de terrorisme passait dans le milieu et était sur toutes les lèvres: activistes politiques, professeurs d’universités, journalistes, activistes des droits de la personne, étudiants et tout le commun des mortels. C’était triste et regrettable d’écouter à longuer de journées ce discours faire les délices d’une certaine presse. Maintenant vous l’avez compris. Vous avez aussi compris les activités du Zénith des radios qui faisait corps avec les bandits-barricadeurs et les défendaient avec zèle tant contre vous que votre bien-être.

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Entrée en scène des kidnappeurs occasionnels

Il y a un autre type de kidnappeurs qui n’étaient ni bandits ni barricadeurs, mais le kidnapping ayant fait école les a gagnés. Ce sont de petits groupes d’amis – disposant d’un pistolet – qui, pour être “swag” se joignent à la fête, car faire de l’argent facile n’a jamais été aussi tentant qu’aujourd’hui et voilà le kidnapping dans toute sa splendeur et nous serons toujours leurs esclaves si nous refusons de nous débarrasser d’eux par tous les moyens. La police seule n’y arrivera pas, même avec la plus grande volonté du monde, car vous devez être leurs bras et leurs yeux prolongés. Soyez tous policiers, battez-vous tous contre le crime organisé.
“A proprement parler, il n’y a plus de police, plus de crimes anciens ou nouveaux, plus de coupables, il n’y a que des condamnés qui attendent la plus arbitraire des grâces, et, parmi eux, les policiers eux-mêmes,.” dixit Albert Camus.

KéDar, Février 2020

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