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Haïti: insécurité, souffre-douleur et bougies de la discorde

Haïti: insécurité, souffre-douleur et bougies de la discorde 1

Depuis Octobre dernier, il ne se passe pas un jour sans qu’il n’y ait un cas de kidnapping. Les envolées barbares de Fantoms 509 jointes aux turpitudes de la classe politique ont eu un effet boostant sur les actes d’insécurité en Haïti.

En effet, le kidnapping – depuis les manifestations ratées du 18 Novembre dernier – est comme un rouleau compresseur qui n’épargne personne, pas même les plus pauvres d’entre nous. Nous sommes tous des cibles potentielles des kidnappeurs et même la prudence ne nous en préserve pas. Ils sont dans leurs temps, ils sont dans leur aise, ils sont dans leurs éléments et la police ne leur fait plus peur.

Dans leurs bases de retranchement, ils sont impitoyables, la population les couvre, veille au grain et les protège des assauts des forces de l’ordre. De plus, les organismes de défense des droits de l’homme et des politiciens véreux sont parmi leurs plus dévoués et fidèles défenseurs. Ils se cherchent constamment des alibis pour assurer leur défense, au détriment de toutes les personnes qu’ils ont kidnappées ou même assassinées.

Une situation qui n’est pas sans rappeler les favelas au Brésil ou encore le modus operandi des Farcs en Colombie ou des Sentiers lumineux au Nicaragua. Face à l’éruption sévère du kidnapping, des citoyens confus et timorés s’interrogent sur la meilleure approche sécuritaire. Léon Charles et sa troupe se jettent à l’eau pour essayer de juguler la dérive sécuritaire. Vilaj de Dieu et 400 mawozo de la Croix-des-Bouquets sont pris en chasse par la PNH et bizarrement, un concert de voix pro-bandits se font entendre pour dénoncer les opérations policières. André Michel fustige le DG de l’institution et fulmine des menaces à l’emporte-pièces, Don Kato qui doit s’expliquer sur le kidnapping de Jacques Roche s’énerve et Moïse Jean-Charles, comme d’habitude s’époumone dans les micros de la presse locale pour signifier son hypocrisie et montrer son désarroi.

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Loin de s’arrêter en si bon chemin, la police nationale d’Haïti, sous la houlette de Léon Charles, multiplie les opérations, question de déloger ces animaux qui nous font souffler le chaud et le froid. Quitte à se rendre en terrains minés où la population fait corps avec les bandits armés, les Unités spécialisées de la PNH n’abdiquent pas et seules contres tous, elles déclarent la guerre aux bandits de tout poil qui paraissent indéboulonnables, forts de l’ancrage populaire et forts de leur première ligne de défense représentée par la classe politique et les organismes de défense des droits de l’homme.

D’aucuns s’interrogent sur la conduite de ces opérations policières. Il faut vous rappeler que les forces spéciales de l’armée américaine dotées des équipements futuristes ont pris près de dix ans pour venir à bout de Bin Laden, le 2 Mai 2011. Il a fallu aussi du temps à Nicaragua pour faire soumettre les Sentiers lumineux et ne parlons pas des Farcs en Colombie qui, pour les besoins d’une paix relative, ont signé un accord de principe avec le gouvernement colombien. Tout pour vous dire que le déboulonnement des gangs armés qui infestent nos villes ne sera pas pour demain. Il nous faut la participation citoyenne résolument engagée. Le déclic et le ras-le-bol devront venir des bidonvilles où se sont retranchées ces bêtes sauvages, sinon la détermination de nos policiers n’aura servi à rien.

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Si nous souhaitons venir à bout du grand banditisme armé en Haïti. Il faut – quel qu’en soit le prix – accepter d’éteindre les autres bougies qui l’encouragent : celles de la discorde, celles de nos politiciens véreux qui s’en servent comme une arme contre le pouvoir, celles des organismes de défense des droits de l’homme qui s’en servent comme une planche à billets ou celles des membres du gouvernement qui s’en servent comme un dernier rempart politique . Il nous faut allumer et tenir en main la seule bougie de la symbiose adéquate favorable au retour de la paix dans nos rues et dans les familles qui, aujourd’hui est un rêve, mais qui peut devenir une réalité si nous travaillons pour.

Combattre l’insécurité et ses corollaires demande de l’abnégation, de la volonté politique et une participation citoyenne sans égal. Malheureusement, nous sommes plus portés à crier à bas et faire le jeu de l’opposition politique qui, selon toute vraisemblance n’est pas du tout innocente à l’horreur que nous font vivre les bandits armés. Car, pour eux, tous les coups sont bons pour forcer Jovenel à capituler et à remettre le tablier, fut-ce même de les utiliser pour les besoins de pays-lock comme c’était le cas, il y a peu.

KéDar, Décembre 2020

Antenne509/A509
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