Accueil Éditorial 2019: Entre peyilòk, personnages de l’année et refus de dialoguer

2019: Entre peyilòk, personnages de l’année et refus de dialoguer

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Le dialogue d’avant Vertières a, sous la férule de Dessalines, accouché de la geste du 1e Janvier 1804. Il a forcé la cohabitation entre noirs et mulâtres qui ont mis de côté leurs différences pour abonder dans le même sens que leur leader et cela a porté les fruits dont nous jouissons aujourd’hui : une Haïti souveraine et libre, mais que nos luttes fratricides ont fragilisée. Car, depuis presque deux ans, le gouvernement fait face à une série d’événements fâcheux qui, loin d’aider à résorber la crise, ont plutôt plombé notre envol résultant de la dégradation accélérée de la gourde et d’une inflation sans cesse galopante.

PEYILOK OU ETAT DE SIÈGE

Port-au-Prince, dans les années 1800 et 1900 a été le théâtre de divers états de siège et Jean-Jacques Acaau qui était l’allié privilégié de tous ceux qui voulaient accaparer le pouvoir politique, y a joué, avec les piquets, un rôle prépondérant.

Tout cela pour dire que le peyilòk, loin d’être nouveau dans le paysage haïtien, est coutumier de nos errements, de nos habitudes, de notre passé et de notre histoire. Il a seulement changé de nom, empruntant cette fois-ci un anglicisme, mais le fond est resté tel quel. Les mêmes misères, la même trame de fond, les mêmes inquiétudes sinon davantage, parce que le culte de la pensée unique est d’autant plus dangereux aujourd’hui qu’il viole nos droits les plus fondamentaux. Notre droit à la libre expression, à la libre circulation et même à la vie est mis tout simplement en veilleuse, parce qu’il faut s’aligner sur la pensée unique dont revendiquent certains leaders de l’opposition se disant, à tort démocrates.

S’il est vrai que Jean-Jacques Acaau n’est plus là pour fournir son service à nos chers politiciens, cependant, il y a dans l’Artibonite, plus précisément à Raboteau, les hommes de main de Youri Latortue et à Port-au-Prince, les chimè lavalas tapis dans les bidonvilles se vouant aux plus offrants, prêts à nous soumettre à leur volonté avec une rare violence, en bloquant toutes les rues, en empêchant aux enfants d’aller à l’école et aux adultes de vaquer à leurs occupations. Ils l’ont fait avec haine et détermination, ils l’ont fait parce qu’on leur a fait savoir que leur avenir dépendait de ces monts de barricades et qu’ils doivent, manu militari, se tenir derrière elles pour se protéger eux-mêmes contre les interventions de la Police.

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MOTS DE L’ANNÉE

Les années se suivent et se ressemblent. Si l’année dernière, l’anglicisme SNIPER faisait un tabac dans le milieu politique haïtien et était sur toutes les lèvres, même sur celles qui ne savaient ce que c’était. 2019 nous a habitués avec le mot MASSACRE qui est sur-utilisé jusqu’à perdre son sens premier. Ils appellent massacre, toute mort violente où qu’elle puisse se produire.

Aussi, une personne tuée par balle dans un quartier populaire, après avoir été victime de braquage, fait l’objet de massacre, pourvu que cela serve à arrondir la cause, pourvu que cela serve à la défendre et pourvu que cela serve à faire vendre du papier pour la consommation internationale.

Ainsi, le massacre de Tijé à Carrefour-Feuilles est mis à l’actif du gouvernement, parce que les membres de l’opposition souhaitaient que ce soit le cas. Ils l’ont répété à qui veut l’entendre de manière qu’il entre dans l’imaginaire haïtien et est accepté de tout le monde, quoique faux. Oublions alors le massacre de la Scierie à Saint-Marc (4-11 février 2004) où près d’une cinquantaine de vies humaines étaient prises par les sbires du pouvoir Lavalas, parce que ce n’en est plus un. Biron Odigé, Amanus Mayette et leurs complices peuvent se la couler douce, car ils sont, aujourd’hui de l’autre côté des barricades et donc lavés de toutes souillures ayant fait d’eux des criminels de droit commun. Alors, laissons donc ces morts reposer en paix et dans l’oubli le plus total. Aristide l’a orchestré, point barre ! Nul besoin de le rappeler.

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Il y aussi DIVERSION qui est tout ce que les activistes de l’opposition ne souhaitent entendre. Cela peut être des contre-vérités ou la découverte de l’un des leurs dans des scandales – par exemple, l’affaire-Sogener s’inscrit dans le registre de diversion, puisqu’elle ne les aide pas à avancer. L’arrestation de l’activiste Arnel Bélizaire est étiquetée de diversion, car il est aussi l’un des leurs et cela ne les aide pas non plus dans leur quête inlassable de “rachemanyòk”. C’est aussi une diversion de mettre en lumière le côté sombre de l’opposition politique qui nous fait déchanter avec l’invasion des bandes armées dans nos quartiers.

PERSONNAGES DE L’ANNÉE

Ils sont plusieurs à se signaler pour ce qu’ils ont réussi au courant de l’année 2019. Le Président Jovenel Moïse peut se targuer d’être l’homme politique de l’année après avoir été poussé au bout de ses limites et donné pour mort, parce que la guerre contre son régime était en train d’être gagnée par l’opposition politique après les semaines de mobilisation, mais comme un spartiate, il a su se relever la tête et repousser de la plus belle façon les attaques létales de ses adversaires. Car, plier n’est pas casser et gagner des batailles n’est pas gagner la guerre. Aujourd’hui, l’opinion publique le perçoit d’une autre manière et il n’est plus ce gibier qui devait satisfaire la voûte palatine des chefs de file du mouvement lòk, plutôt vu comme un acte terroriste asphyxiant notre économie et nous condamnant à la peur et à la pauvreté certaine.

Rameau Normil, lui, est le méga-personnage de l’année. Il a su, en si peu de temps, redonner confiance aux policiers nationaux qui étaient en train de perdre du terrain, parce que les forces occultes de l’opposition politique supportées par des gangs armés leur tenaient la dragée haute et de plus, les organismes de défense des droits de l’homme travaillaient en leur défaveur, démontaient leurs opérations, chose qui faisait l’affaire des bandits.

Aujourd’hui revigorée, la police nationale d’Haïti peut remplir sa mission et s’imposer comme la seule force de sécurité existante. Car, Rameau Normil est l’homme qui tombe à pic pour garantir paix et tranquillité mises à l’épreuve par les forces de l’ombre. Il s’impose déjà comme le commandant en chef de la Police Nationale d’Haïti et fait tout simplement ce qu’il a à faire sans chasse à l’homme et sans exagération. C’est sans conteste l’homme de l’année 2019.

Les personnages de l’année sont aussi le bouillonnant André Michel, bluffeur de l’année, jamais à court de verbes quand il s’agit de bombarder le président de la République de ses larves virulentes. L’audacieux Youri Latortue, voyou de l’année qui, pour rester en vie moralement, doit toujours avoir le pouvoir politique, l’immunisant de toutes poursuites, parce qu’il n’est pas un saint, avec plusieurs cordes à son arc, il devra craindre les aller-retour de la DEA et de la BLTS dans son antre. C’est aussi l’haïtien le plus corrompu de la planète, n’en déplaise à un certain docteur qui doit bouger de son siège, parce qu’il déteste jouer les seconds rôles.

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Il y a aussi Don Kato, l’éboueur camé de l’année, Evalière Beauplan l’homme-huile et malveillant de l’année, drapé également de sa tunique d’éboueur, Nènèl Cassy, barricadeur de l’année, lavalassien de premier ordre pour qui, pneus enflammés, supplice du collier, badigeonnage et pagaille dans les rues, sont un véritable credo. Les lavalassiens y croient dur comme fer.

Il y a aussi le fanatique et tumultueux Schiller Louidor, crapaud bonga de l’année dont le passage à la tête de la DCPJ a été un vrai désastre, à sa charge le vol de $700 000 US. Il devait être en prison pour avoir frauduleusement soustrait ces pièces à conviction provenant du trafic illicite. Il y a aussi l’amphibien de l’année, Assad Volcy qui rejoint le groupe des nullards. Ils se sont tous signalés pour leur appétit du chaos social et de la violence verbale et à cette liste non-exhaustive s’ajoute le nom du comédien Matyas dont les dérives et insultes à l’endroit du président de la République témoignent d’une absence évidente d’éducation faisant de lui le fou de l’année.

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LES MAUX DE L’ANNÉE

L’assassinat de nos policiers, les exactions révulsives des bandes armées faisant des victimes innocentes au sein de la population civile et la rhétorique violente de nos soit-disant politiciens, invitant la population à la guerre civile et au peyilok, font parties des maux de l’année qui nous ont endeuillés, endettés, décapitalisés et soumis à la pauvreté la plus abjecte, en sorte que la population est, aujourd’hui incapable de remplir le panier de la ménagère, le chômage et la hausse des prix y sont pour quelquechose. Et si la guerre civile n’a pas eu lieu, ce n’était pas par faute d’avoir essayé – parce qu’ils ont tout tenté, même l’impossible.

REFUS DE DIALOGUER

“Peu importe le dialogue ou le monologue, les gens ne comprennent et ne saisissent que ce qui fait leur affaire.” une citation de Henri Lafrance.

Est l’ennemi du peuple quiconque refuse de dialoguer, parce qu’à travers le dialogue, on peut créer, construire, dédramatiser et résoudre des problèmes longtemps insolubles.

Pourquoi refuser le dialogue quand la chose la plus importante en communication est d’entendre ce qui n’a pas été dit? Parce que l’on doit se comprendre pour dégager des pistes de solution où tout le monde devrait en sortir gagnant. Mais la jovenelophobie dérange la classe politique au point qu’elle ne l’entend pas de cette oreille et tient mordicus à ce que le Président de la République fasse ses valises et tire la révérence. Rien ne l’arrange, le dialogue la dérange. Les manifestations de rues, sur fond de violence, sont son seul exutoire et donc sa seule planche de salut, parce qu’elle ne veut pas perdre la face, parce qu’elle veut rebondir et parce qu’elle est jovenelophobe.

Je souhaite que 2020 annihile ou ramène sur la table de négociation tous ces fous fanatiques de la violence et de la malveillance politique, qu’ils entendent raison et qu’ils placent Haïti avant toute chose, avant leurs égos eg avant leurs ressentis parce que le pays ne peut pâtir de la déraison politique où le moindre éternuement peut inexorablement déchirer le tissu social et provoquer une catastrophe humanitaire.

Vous n’êtes pas d’accord aujourd’hui, dialoguez. Vous n’êtes pas d’accord demain, dialoguez. Car, la solution à vos problèmes est dans le dialogue, qu’il soit franc, construit ou pas, il en sortira quelque chose.

KéDar, Décembre 2019

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